Le continent englouti de Mu

À la fin du XIXᵉ siècle, dans un contexte fasciné par les civilisations perdues, les origines mystérieuses de l’humanité et les cataclysmes antiques, émerge un mythe pseudoscientifique promis à une longue postérité : le continent de Mu.

Naissance d’un continent imaginaire

Tout commence avec Charles Étienne Brasseur de Bourbourg, missionnaire et érudit passionné par les cultures mésoaméricaines.

En 1867, après avoir traduit le codex maya Tro-Cortesianus, il affirme y avoir découvert le récit d’un continent primordial englouti par les eaux du Pacifique. Cette interprétation repose sur une lecture erronée des glyphes mayas, mais elle suffit à faire naître une légende.

L’idée est reprise et amplifiée par Augustus Le Plongeon, antiquaire et mayaniste convaincu que les Mayas sont à l’origine de toutes les grandes civilisations antiques, y compris l’Égypte ancienne. Pour lui, les Mayas descendent eux-mêmes d’un peuple encore plus ancien, habitant un continent disparu il y a environ 11 500 ans, lors d’un cataclysme planétaire.

Au début du XXᵉ siècle, l’écrivain britannique James Churchward parachève le mythe. Dans une série d’ouvrages à succès, il décrit Mu comme une civilisation technologiquement et spirituellement avancée, berceau de l’humanité, dont les survivants auraient essaimé à travers le monde.

Aucune preuve archéologique, géologique ou linguistique ne viendra jamais étayer ces affirmations — mais le mythe est né, et il est tenace.

Du mythe de Mu au jeu de rôle

Mu est un continent fantôme, un espace narratif vierge où tout peut être projeté. Contrairement à l’Atlantide, déjà largement codifiée, Mu conserve une plasticité totale : Pacifique ou Atlantique, antique ou antédiluvien, utopique ou monstrueux.

En jeu de rôle, Mu permet de mêler :

  • fausse science et vérités interdites,
  • archéologie aventureuse et savoirs interdits,
  • cataclysme primordial et héritage maudit.

Il peut être présenté comme un mensonge historique… ou comme une vérité soigneusement effacée.

 1. Les Tablettes de la Mer Morte

Les PJ découvrent une série de tablettes attribuées à une civilisation inconnue, mentionnant un continent englouti nommé Mu. Universitaires et sociétés secrètes s’affrontent pour en contrôler l’interprétation. Les PJ devront décider : révéler une vérité déstabilisante ou préserver le monde d’un savoir trop dangereux.

Tonalité : enquête archéologique, ésotérisme, tension académique.

2. La Carte impossible

Une carte ancienne, retrouvée dans une collection privée, montre un continent qui n’a jamais existé… sauf qu’elle correspond étrangement à des anomalies géologiques récentes du fond océanique. Mu n’était-il pas une terre, mais une structure artificielle colossale ?

Tonalité : exploration, science-fiction antique, mystère océanique.

 3. Les Héritiers de Mu

Une communauté secrète affirme descendre directement des survivants de Mu. Leur objectif : réveiller ce qui dort sous les océans afin de restaurer l’âge d’or perdu. Les PJ doivent infiltrer la secte avant que le rituel ne provoque un nouveau cataclysme.

Tonalité : complot, horreur cosmique, fin du monde annoncée.

 

Artefact : La Chronique des Sept Cataclysmes

Type : Manuscrit ancien / pseudo-traduction interdite
Description : Texte fragmentaire mêlant glyphes mayas, symboles inconnus et schémas géométriques impossibles.

Pouvoirs narratifs :

  • Révèle l’existence de cycles de destruction planétaire.
  • Contient des coordonnées menant à des ruines sous-marines.
  • Plus on le comprend, plus la frontière entre mythe et réalité s’efface.

Danger :

  • Toute interprétation erronée peut déclencher des catastrophes locales.
  • Le manuscrit attire érudits fanatiques et entités anciennes.

PNJ : Le Pseudoscientifique Visionnaire

Inspiré de Le Plongeon ou Churchward, ce savant marginal est persuadé d’avoir raison contre le monde entier. Généreux, obsessionnel, parfois tragique, il peut être :

  • un allié incompris,
  • un antagoniste dangereux,
  • ou un prophète dont les élucubrations cachent une part de vérité.

 

Le continent de Mu est un mensonge historique fascinant, né d’erreurs de traduction, d’orgueil intellectuel et d’un profond désir de croire en un âge d’or perdu. Mais en jeu de rôle, ce mythe devient une force narrative redoutable.

Mu pose une question essentielle aux joueurs comme aux MJ :
« Et si les plus grandes erreurs de la science étaient aussi les plus grands mensonges nécessaires ? »

Sous les océans, quelque chose attend peut-être encore qu’on se souvienne de son nom.